Il y a encore trois ans, je relisais mes stories Instagram dix fois avant de les poster. Dix fois. Pour vérifier que personne n'allait trouver ma tenue ratée, mon appart pas assez rangé, mon rire trop fort sur la vidéo. J'étais community manager pour une petite marque de fringues à l'époque, alors je vivais dans les commentaires, littéralement. Et il m'a fallu un bon moment pour comprendre quelque chose : ce n'était pas mon travail qui me rendait comme ça. C'était moi qui avais pris l'habitude de me négocier en fonction du regard des autres.
Toi aussi, ça te parle ? Cette sensation d'être observée en permanence, même quand personne ne te regarde vraiment ?
D'où vient cette manie de se surveiller ?
Avant Instagram, il y a eu la boutique. Quatre ans à conseiller des clientes, à sentir leur regard pendant qu'elles essayaient une veste, à me demander si elles me trouvaient compétente ou juste bonne à ranger des cintres. Je crois que c'est là que j'ai vraiment compris quelque chose de simple : plus on attend une reconnaissance extérieure, plus on devient dépendante de l'avis des autres pour se sentir bien dans ses baskets. Et ça commence tôt. Gamine à Saint-Étienne, j'attendais le « bravo » de la maîtresse comme d'autres attendent un cadeau de Noël. Sans ce compliment, j'avais l'impression de ne pas avoir fait assez bien, jamais.
Le problème, ce n'est pas de vouloir plaire. C'est quand cette envie prend toute la place et écrase ce qu'on pense vraiment de soi.
Chez moi, ça s'est traduit très concrètement. Je choisissais mes vêtements en fonction de ce qui « passerait bien », jamais de ce qui me plaisait à moi. Un jean que j'adorais est resté trois ans plié dans mon placard parce qu'une copine avait fait une remarque dessus. Trois ans. Pour un jean.
Ce qui a vraiment changé les choses
Le déclic n'est pas venu d'un livre ni d'une citation trouvée sur Pinterest. Il est venu d'une collègue, à la boutique, qui m'a dit un jour : « Tu sais, la cliente qui vient de sortir sans rien acheter, elle ne pense déjà plus à toi. » Ça paraît bête, dit comme ça. Mais ça m'a fait un choc. On s'imagine être au centre de l'attention de tout le monde, alors que la plupart des gens sont bien trop occupés par leurs propres soucis pour retenir grand-chose de nous.
Ensuite, j'ai fait le tri. Pas dans mon dressing, pour une fois. Dans mes fréquentations. Il y avait une copine qui commentait systématiquement mes choix, mes fringues, mes décisions, jamais méchamment, toujours « pour mon bien ». Sauf qu'à force, je m'habillais pour elle avant de m'habiller pour moi. Je m'en suis éloignée. Pas de clash, juste un peu moins de place dans ma tête.
Et puis il y a l'autocritique. Celle-là, elle est sournoise. Si tu te juges toi-même avec sévérité, tu vas automatiquement projeter ce jugement sur les autres, en imaginant qu'ils te regardent comme tu te regardes. J'ai appris à me parler un peu comme je parlerais à une copine qui vient de rater un truc. Moins de « t'es nulle », plus de « bon, ok, et maintenant on fait quoi ».
Ce que je ne ferai jamais, par contre
Il faut que je sois honnête avec toi sur un point. Ce que je te raconte là, ce sont des choses qui ont marché pour une sensibilité au regard des autres qu'on a quasiment toutes, à des degrés différents. Une ancienne collègue de la boutique, elle, vivait ça de façon beaucoup plus lourde : elle évitait carrément les repas d'équipe, elle avait des angoisses avant de prendre la parole devant plus de trois personnes, elle contrôlait chaque geste en public. Ce n'était plus juste « faire attention à l'image qu'on renvoie ». C'était handicapant, au quotidien, dans sa vie entière.
Je ne suis pas psy. Je n'ai aucune légitimité à te dire si ce que tu ressens relève d'une gêne banale ou de quelque chose de plus enraciné. Alors si ce que tu vis ressemble plus à ce que vivait ma collègue, si ça t'empêche vraiment de vivre, de sortir, de parler, de travailler, je ne vais pas jouer les copines qui ont toutes les solutions. Là, la bonne personne à qui parler, c'est un psychologue ou un médecin. Je ne jouerai jamais à ça.
Et si tu commençais petit ?
Ce que je retiens de tout ça, c'est qu'on ne se détache pas du regard des autres d'un coup de baguette magique. On le fait par petites touches, celles que j'ai testées moi-même, une par une :
- Poster une story sans filtre, café froid oublié à côté du miroir et chat qui traîne dans le cadre
- Porter le vêtement qu'on trouve « too much » sans se justifier
- Voir un peu moins souvent la copine qui commente tout, même « pour ton bien »
- Dire non à un projet sans passer dix minutes à s'expliquer
- Se parler comme à une copine qui vient de rater un truc, pas comme à une accusée
Toi, c'est quoi le truc que tu n'oses pas faire depuis des mois parce que tu as peur du jugement de quelqu'un ? Dis-le-moi en commentaire, je suis sûre que ça va parler à plus de monde que tu ne le crois.


