Il y a un truc que j'ai mis des années à comprendre : s'aimer et être égocentrique, ce n'est pas sur le même axe. Longtemps, j'ai confondu les deux. Je me disais que si je passais du temps à prendre soin de moi, à m'écouter, à me faire plaisir, je devais être un peu « nombriliste ». Résultat : je culpabilisais de m'acheter un rouge à lèvres à 25 euros, alors que dans le même temps je laissais des gens me marcher dessus sans rien dire. Belle logique.
La fille qui s'aimait fort, et celle qui aimait juste qu'on la regarde
J'ai deux exemples très concrets dans ma tête, deux anciennes collègues de boutique, à des années d'écart.
La première, on l'appelait « Madame confiance » entre nous, gentiment. Elle savait ce qu'elle valait, elle le disait sans détour, elle acceptait aussi très bien qu'on la contredise. Un jour une cliente lui a fait une remarque sèche sur un conseil de vente. Elle a encaissé, elle a réfléchi deux secondes, et elle a dit : « Vous avez raison, je me suis trompée, on reprend. » Aucun drame. Elle n'avait pas besoin qu'on la rassure sur sa valeur, elle savait déjà où elle en était.
La deuxième, c'était une toute autre histoire. Elle avait besoin qu'on lui dise, en boucle, qu'elle était douée, jolie, indispensable. La moindre critique, même minuscule, la mettait dans un état pas possible pendant des heures. Elle ne s'aimait pas vraiment, en fait. Elle avait juste besoin que le regard des autres lui renvoie une belle image. Et entre nous, c'est épuisant à vivre au quotidien, pour elle comme pour son entourage.
C'est là que j'ai fini par piger la nuance : l'estime de soi, c'est un amour tranquille, presque discret. L'égocentrisme, c'est un amour qui a besoin de bruit, de miroir, de validation permanente. Une personne qui s'aime vraiment n'a pas besoin qu'on le lui répète sans arrêt.
Le piège dans lequel je suis tombée, moi
Franchement, je vais être honnête : j'ai eu ma période « Madame confiance qui déraille ». C'était à l'époque du community management, quand je passais mes journées à poster des photos, à checker les likes, à comparer mes stories à celles des autres CM. Je me disais que je faisais ça pour « m'assumer ». En vrai, je passais mon temps à guetter la réaction des autres pour savoir si j'avais le droit de me trouver bien ce jour-là.
Le déclic, ça a été un soir où j'ai réalisé que je n'avais même pas profité du dîner avec une amie parce que je vérifiais mon téléphone toutes les cinq minutes pour voir combien de personnes avaient liké ma dernière photo. Elle, en face de moi, me racontait une histoire compliquée avec sa mère, et moi j'étais à moitié ailleurs. Ce jour-là, ce n'est pas elle qui a été égocentrique. C'est moi.
Ça m'a servi de leçon, sans complaisance envers moi-même : s'aimer, ce n'est pas se regarder tout le temps. C'est plutôt arriver à un point où on n'a plus besoin de se regarder tout le temps.
La ligne, en vrai, elle passe où ?
Je ne suis pas psy, je te le dis d'entrée, je ne vais pas t'expliquer la théorie avec des grands mots. Mais avec ce que j'ai vécu, voilà comment je fais, moi, pour savoir de quel côté je penche un jour donné.
Quand je me complimente ou que je prends soin de moi et que ça s'arrête là, sans avoir besoin que quelqu'un valide, c'est plutôt sain. Genre : je porte une tenue que j'aime, je me sens bien dedans, point. Par contre, si je me surprends à espérer une réaction, à guetter un commentaire, à me sentir vide si personne ne remarque, là, il y a un signal à écouter.
Autre repère qui marche bien pour moi : est-ce que je supporte qu'on me contredise ? Si une remarque me met dans un état disproportionné pendant des heures, si je passe en mode défense ou victime au moindre commentaire un peu franc, c'est que mon amour-propre du moment tient sur du sable, pas sur du solide. L'estime de soi encaisse. L'égocentrisme se vexe.
Et puis il y a la question toute simple : est-ce que, dans une conversation, je laisse de la place à l'autre ? Pas par politesse forcée, juste naturellement. Le soir du dîner raté avec mon amie, je n'en laissais aucune. Ça, c'est un signal qui ne trompe pas.
Ce que je fais concrètement, aujourd'hui
Le truc, c'est que je n'ai pas trouvé de formule magique, juste des petits réflexes que j'essaie de garder. Quand je remarque que je cherche une validation, je me pose la question direct : « qu'est-ce que ça m'apporterait de vrai, si personne ne le voyait ? » Si la réponse est « rien », c'est que je suis en train de me regarder dans le regard des autres plutôt que dans le mien.
Je m'oblige aussi, régulièrement, à écouter une conversation entière sans ramener le sujet à moi. Pas facile du tout, surtout un lendemain de mauvaise nuit ou de journée compliquée où on a juste envie de vider son sac. Mais ça recentre bien les choses.
Et surtout, j'essaie de m'aimer sur des trucs que personne ne voit. Pas ma tenue du jour, pas mon dernier post. Plutôt le fait d'avoir tenu bon un jour difficile, d'avoir été honnête avec quelqu'un même quand c'était inconfortable, d'avoir su dire non à un truc qui ne me convenait pas. Ce genre de fierté-là, elle ne dépend de personne d'autre. Elle tient toute seule.
Là où je m'arrête, moi
Après, je veux être claire : si chez toi, ce besoin de validation permanente s'accompagne d'une vraie souffrance, d'une angoisse installée, d'une image de toi qui s'effondre dès qu'on ne te regarde plus, ce n'est plus un sujet de copine à régler avec quelques petits réflexes du quotidien. Ça, c'est un sujet pour un psychologue ou un thérapeute, quelqu'un qui saura vraiment t'accompagner. Je ne jouerai jamais à ça, et je préfère te le dire franchement.
Pour tout le reste, pour ce petit vertige qu'on a tous de temps en temps devant son téléphone ou dans une conversation qui dérape vers le « moi je », on a le droit de rater, de recommencer, de s'observer sans se juger trop fort. Moi la première.
Et toi, la dernière fois que tu t'es surprise à guetter une validation au lieu de juste te sentir bien, c'était pour quoi ?


